Halina Birenbaum

  La vie comme l'espoir 

Ma jeunesse et le sicle de l'Holocauste

Survivante des annes de tragdie de l'Holocauste, j'ai retrouv ma libert avec le vide au cur. Orpheline dans les ruines de Varsovie, je me trouvais suspendue dans le vide. Il n'y avait rien autour de moi, rien en moi... Pourtant je tenais une miche de pain dans les mains et pouvais la dcouper volont, mais j'touffais entre mes quatre murs, j'touffais en moi.

Je ne voulais pas imiter ma mre qui s'occupait seulement de son intrieur, de la cuisine et du mnage avant la guerre, mes quinze ans pesaient davantage que son ge!

Quel chemin ai-je travers de mon enfance jusqu' la vieillesse, jusqu' la mort des annes de guerre et d'occupation.

Combien de fois, paralyse par la peur, j'ai regard la mort dans les yeux, dans le suspense des derniers moments ; tant de monde brlait sous mes yeux - comment affronter la vie quotidienne en libert  avec ces images et ces voix hantant ma mmoire ?

Je rvais que si je survivais cet enfer, j'habiterai une le dserte... Si je survis... car dans mon cas, cela tait trs peu probable, les lois nazies condamnant tout le peuple juif et, en premier, les vieillards, les malades et les enfants l'extermination.

Je vivais de faon illgale, mme dans les camps. L, seuls les tres jeunes et aptes au travail d'esclavage taient autoriss, mais mme cela dpendait des besoins du moment...

Les autres taient gazs tout de suite. Ma vie sauve et mon existence sont dues une suite de hasards... jusqu' aujourd'hui.


Halina Birenbaum, survivante de l'holocauste, crivain et pote, 2002

En septembre 1939, j'avais dix ans et tais lve de troisime anne l'cole primaire.

Mes parents m'aimaient, j'avais deux frres ans, des grands-parents maternels, paternels et une grande famille. Nous tions une famille modeste. Marek, mon frre an, g de onze ans de plus que moi, tudiait la mdecine, trs dou et travailleur, Hilek, sept ans de plus que moi, tait lve l'cole professionnelle, mon pre travaillait comme reprsentant de commerce, ma mre s'occupait de notre foyer et brodait au crochet pour gagner un peu d'argent.

Apprenant la nouvelle de la guerre trs proche, mes grands-parents maternels et les surs de ma mre avec leurs familles arrivrent Varsovie. Ils pensaient que, dans la capitale, ce serait plus facile de vivre qu' Zelechow, ville de province. Ma famille paternelle resta Biala Podlaska, l'est de la Pologne.


Ma mre Pola Perl (ne Kijewska) Zelechow, avant la guerre.

Le 1er septembre, la sirne d'alarme retentit, et ce fut pour moi la fin de l'cole.

Le ciel de Varsovie se couvrit d'escadrons de Messerschmitts allemands, les bombes incendiaires et destructrices se dversrent sur la ville. Les incendies se dclanchrent partout, on ne pouvait pas les teindre. Les maisons s'croulaient, des milliers de gens furent ensevelis sous les dcombres.

Cet enfer dura trois semaines. La nourriture et l'eau manquaient. Dans les magasins brls, on pillait les botes de conserves, les concombres en saumre, la confiture. Les gens transportant de l'eau de la Vistule, succombaient sous les clats des bombes et des obus. Le jour et la nuit, on entendait le bruit des dtonations, on voyait les lueurs des incendies, on sentait l'odeur de brl et de dcomposition des cadavres, on entendait le rugissement des sirnes et la voix des hauts-parleurs annonant :  attention, ils arrivent, ils viennent de passer, ils arrivent... ! 

Le jour de la plus grande fte juive,  Yom-Kippour , les Allemands bombardrent avec acharnement le quartier habit par les juifs et notre rue fut incendie. C'tait la nuit, aprs une priode de jene et de prires ferventes. Nous sortmes en courant de la maison en flammes en emportant quelques objets, trouvant abri dans une cave appartenant des gens que nous connaissions. Cet endroit tait surpeupl, sentait la fois le moisi et la respiration des gens. Un indescriptible sentiment d'accablement nous envahissait.

Certains, particulirement traumatiss, perdaient la raison, bredouillant des mots insenss. J'observais les adultes. Leurs visages et leurs comportements refltaient les vnements violents qui se droulaient. Le monde s'croulait autour d'eux. Mon insouciance d'enfant s'vanouissait.

Enfin, tout devint silencieux mais ce fut le silence de la dfaite, de la destruction et du deuil. Dans les rues, on voyait les gens avec leurs baluchons. Ma famille commena galement chercher un toit. Pour la premire fois, je vis les Allemands, ils marchaient au pas, hautains dans les rues dtruites de Varsovie. J'avais l'impression de voir un mur de pril, de mort invincible, s'abattre sur nous. Les gens se bousculaient pour obtenir du pain, les soldats allemands tiraient les juifs de la queue pour les maltraiter.

Nous trouvmes une chambre chez une dentiste paralyse par les bombardements, son mari dentiste tait mort avant la guerre. Elle vivait avec ses enfants, deux filles et un fils, prothsiste, occupant une pice. Les quatre autres pices et la cuisine taient loues. Sa fille cadette Elusia, ge de deux ans de plus que moi et son autre fille Erna, d'un an plus jeune que moi, habitant une autre pice avec leurs parents, devinrent mes amies. Nous habitmes ensemble jusqu' la dportation.

Sur l'ordre des Allemands, tous les juifs, partir de l'ge de douze ans, devaient porter un brassard blanc avec une toile de David bleue sur l'avant-bras droit pour les diffrencier des autres dans la population. Les nazis organisaient les rafles de juifs, les fusillaient sous n'importe quel prtexte ou sans aucun prtexte. Les juifs n'avaient pas le droit de prendre les trams ni les trains, de prier dans les synagogues ni de se rassembler en groupes plus importants. A partir de sept heures du soir le couvre-feu tait obligatoire.

Dans la journe la foule inondait les rues. Un trafic de vtements usags, de draps, de linge s'installa afin de vendre et ensuite d'acheter du pain de plus en plus cher et de qualit de plus en plus mdiocre, des pommes de terre geles, de la semoule et du bois humide. Pourvu que nous puissions survivre au jour le jour, esprant qu'aprs la dfaite des Allemands la vie redeviendrait normale - pensions-nous.

Mais la terreur augmentait chaque jour. Les maladies et la faim svissaient. De temps en temps, une voix dchirante s'levait, annonant :-  Les Allemands !  et les camions arrivaient dans les rues surpeuples. Les soldats SS descendaient et tiraient en direction des gens qui fuyaient, ils arrtaient les hommes au cri de  Halt!, les rouaient de coups et les dirigeaient vers les camions. Ils entraient dans les maisons et les boutiques juives pour les piller, emportant des meubles, de la marchandise et d'autres objets. Leurs propritaires, surtout les hommes, les pres, et les fils, taient fusills.


Muranowska Varsovie, avant la guerre.

Les rumeurs au sujet du ghetto pour les juifs se confirmrent, les prdictions les plus invraisemblables, s'avrrent tre vraies. A la fin de l'automne 1940, un haut mur nous spara des aryens. Sur l'ordre des Allemands, tous les juifs devaient quitter leurs appartements dans l'heure et se rendre dans le quartier le plus misrable de Varsovie qui leur tait destin. Les autres juifs de province, venant de petites villes et de villages, furent contraints au mme sort. Ceux qui taient faibles ou malades furent tus dans leurs lits ou sur la route.

Des centaines de milliers de gens n'avaient plus de toit, plus rien ! Ils vivaient dans des coles surpeuples et d'autres btiments publiques qu'on appelait Les points . Ces gens, vivant dans la salet, mourraient massivement de faim et d'pidmies. On manquait d'abris pour loger toutes ces personnes dplaces. Gonfles par la faim, geles, elles s'tendaient dans les rues, dans les cours, sur les paliers, et mendiaient. Les rues taient jonches de cadavres, recouverts de journaux, car on n'arrivait pas les ramasser, il fallait attendre une charrequi les transportait vers les fosses communes.

paces gens, apprenant la vie dans un monde d'abme et de destructions. D'autres enfants et moi jouions dans la rue en nous heurtant la foule, en psence de ces cadavres recouverts de journaux.

Plus tard,  le conseil 'immeuble  nous demanda de faire une collecte d'argent pour aider des mendiants et des voisins soufrant de la faim. Nous attachions de petits rubans de papier aux passants pour qu'ils nous donnent quelques sous. Parfois nous organisions des soires chez des familles plus aises en dclamant de la posie et en chantant les chansons d'avant guerre ou du ghetto. Evidemment, seuls les enfants qui n'avaient pas t encore affaiblis par la faim participaient.

A cette poque, ma famille n'avait pas encore faim. Marek travaillait dans un hpital juif et gagnait de l'argent en soignant des malades. Un propritaire polonais de l'usine de conserves  Maggi , pour qui mon pre servait d'intermdiaire dans les livraisons de marchandises vers la Galicie, nous fournissait au ghetto des haricots, du sucre et des conserves au lieu de payer mon pre en liquide Nous prouvions de plus en plus de difficults acheter quelque chose avec de l'argent, lequel perdait constamment de sa valeur alors que les prix des produits montaient d'heure en heure. L'usine de Monsieur Strojwons se trouvant la limite de la frontire du ghetto, nous pouvions entretenir le contact avec lui de temps autre.

Les produits ainsi obtenus taient le plus souvent revendus pour acheter du pain, des pommes de terre et du bois pour nous chauffer.

Dans ces conditions j'arrivais encore m'instruire sous le contrle svre de mon frre an et acqurir les connaissances quivalentes aux trois annes d'tudes entre la troisime classe de l'cole primaire et le collge. Marek m'apprenait galement le franais, peut-tre pour oublier la triste ralit - ou peut tre dans l'espoir qu'aprs la guerre je ne serais pas en retard dans mon ducation...

Je lisais galement beaucoup de posies que j'apprenais trs rapidement par cur.

Cela me permettait d'oublier la terreur ambiante, les mauvaises nouvelles des victoires allemandes sur les fronts, de l'extermination des juifs par le gazage Chelmno, Belzec et le plus horrible de tout, Auschwitz !... A partir de onze ans. je commenais crire ce qui se passait autour de nous, ne supportant plus l'accumulation de toutes ces atrocits et des commentaires dsesprs des adultes.

Deux fentres de notre chambre furent couvertes de contre-plaqu, une flamme qui sortait du tuyau gaz nous servait de lumire, plus tard, ce fut une lampe ptrole malodorante. Nous dormions par terre, mes parents et mes deux frres sur des matelas et moi, la plus jeune, sur une couverture (ce sort me rvoltait. mais ma mre avait pour principe qu'il fallait cder la place aux personnes plus ges). Quand tous les juifs furent enferms dans le ghetto, les amis de mes parents nous donnrent un divan, une table et quatre chaises. Encore une fois, j'tais oblige de cder... il manquait la cinquime chaise. Par contre, j'obtins le matelas de mes frres qui dormaient dj sur le divan.

Heureusement notre rue fut inclue dans le ghetto et nous n'tions pas obligs, comme la plupart des juifs, de chercher un autre logement. A plusieurs reprises, les Allemands diminurent la surface du ghetto, les gens n'avaient plus de toit et restaient tout simplement dans la rue, ils mourraient massivement. La famille de notre dentiste souffrait de la faim depuis le dbut puisque personne ne payait son loyer et ne soignait ses dents.

Deux ans de Ghetto s'coulrent. Je rvais qu'un matin, au rveil, les Allemands quitteraient Varsovie, disparatraient aussi subitement de notre vie qu'ils y firent irruption. A la fin du mois de juillet 1942, ils collrent partout des affiches en polonais et en allemand annonant le dplacement de la population juive vers l'est. Seules les quelques personnes indispensables travaillant dans les choppes et dans les usines du ct aryen, fabriquant des uniformes et des chaussures pour l'arme allemande, pouvaient rester. Ces juifs obtiendraient des  Aussweise  - des laissez-passer. Bientt ces  laissez-passer  prirent la valeur de permis de vivre  et se vendirent des prix exorbitants.

La panique et le dsespoir se propagrent dans tout le ghetto. La nouvelle du suicide de A. Czerniakow, prsident du conseil juif, arriva au comble de nos malheurs. Le prsident, obissant toujours aux ordres allemands, avait refus de signer l'ordre de dportation et ce geste provoqua la divulgation des suppositions les plus incroyables. Immdiatement, toute la nourriture disparut. Les mots : action, blocage, dportation, wagons,  Umschlagplatz  exprimrent notre seule ralit et la seule vritable proccupation dans notre vie. Nous n'avions pas encore pris connaissance de Treblinka... L'  Umschlagplatz ou simplement Umschlag  tait une grande place dlimite et garde, devant l'cole Stawki, que Hilek avait frquent jusqu'au dbut de la guerre. C'est ici que stationnaient les wagons bestiaux destins la dportation journalire des juifs, rafls par les Allemands.

....... Les premiers dports furent les expulss, vivant dans les   points , ensuite, ce fut au tour des mendiants de la rue, des malades, des infirmes, de ceux enfls par la faim, des gels.

Je ne posais pas de questions mes parents, je ne leur demandais rien et ne m'tonnais de rien - la peur de la mort tait omniprsente, on la lisait sur le visage des gens. Mme les petits enfants comprenaient que pour se cacher et ne pas tre dport vers  l'Est , nigmatique et terrifiant, il fallait se taire, parfois retenir sa respiration, se soustraire la vue de tous, dissimuler son tre illgal dans le noir, ne pas laisser entendre le battement de son cur... Nous nous vtmes de nos meilleurs vtements, en couches superposes : linge, robes, pulls, mmes mme nos meilleures chaussures pour pouvoir nous changer ou faire le troc contre de la nourriture si nous tions pris et dports dans un terrible camp. Ma mre prit un peu de provisions dans un panier : de la farine, de la semoule, du sucre en morceaux, une bouteille d'huile. Nous fmes nos adieux nos voisins. A ce moment, nous ne savions pas qu'on se quittait pour toujours.

L'appartement de la tante Fla, la sur cadette de ma mre, se trouvait dans une autre rue au cinquime tage. Nous pensions qu'on ne viendrait pas nous chercher si haut pour nous emmener  l'Umschlag... Ma mre voulait rester prs de sa sur bien aime. Les Allemands sortirent mon oncle du train, malgr ses papiers en rgle et le fusillrent. Leur fils Kuba du mme ge que Hilek fut dport au travail obligatoire Starachowice et nous perdmes sa trace. C'tait encore avant les dportations Treblinka... Ma tante avait seulement sa fille Halina prs d'elle, qui tait de deux ans mon ane. Nous restions ensemble.


Ma mre Pola Perl (ne Kijewska) sur la gauche, accompagne de sa sur Zelechow; Pologne, avant la seconde guerre mondiale.

Cette photo m'a t remise par Mme Vinograd, amie de ma mre ayant migre en Isral avant la seconde guerre mondiale. Je n'ai pu retrouver de photo de pre et de mon frre pendant cette priode.

Les rafles commencrent vers huit heures du matin et ce jusqu'au soir.

Tous les jours, les rues furent bloques, des milliers de juifs arrts et conduits en colonnes  l'Umschlag. Les maisons et appartements furent fouills chaque tage, les cachettes dans les greniers et dans les caves galement. Les portes cdaient sous les coups des barres de fer, le bruit des fusillades retentissait, les coups pleuvaient et les gens furent forcs de se mettre en colonne dans la rue d'o ils partaient sous l'escorte arme des soldats SS vers les wagons.

Tous les jours, le nombre de juifs dports atteignait 15 000 17 000, le remplissage maximum des wagons !

Les actions prenaient de plus en plus d'ampleur et le nombre de gens rafls augmentait. Les rues se vidrent, macules de traces de sang. Les maisons et les appartements abandonns subsistrent - ville fantme avec des objets parpills : photos, lettres, oreillers ventrs, plumes volant de partout. A chaque sifflement de locomotive mon cur se serrait, je pensais :-  tu partiras aussi, c'est ce qui t'attend, une destination horrible et la fin de tout !... 

Mon pre trouvaun grce unparent, nous n'avions pas d'argent pour payer un pot-de-vin. Ainsi, en tant que juif  productif , il obtint le certificat qui devait le protger, lui, sa femme et moi. Le directeur de l'uside chaussures, propritaire de cette usine avant guerre, l'embaucha. Cependant, ni ce travail bien pay, ni les responsabilits qui en coulaient ne le sauvrent de la mort Treblinka.

Un sort semblable attendait sa femme et ses trois enfants. Personne ne pouvait chapper au verdict d'extermination prononc par les Allemands.

Marek travaillait toujours l'hpital qui fonctionnait pour l'instant, cela donnait l'impression que certaines personnes, les meilleures, celles qui avaient t choisies, pourraient chapper la dportation, avaient les droit de vivre...

Il avait donc un laissez-passer. Hilek tait engag pour travailler  l'Umschlag, en tant que juif productif, son numro en mtal le soustrayait la dportation. Son travail consistait dbarrasser la place des Juifs tus par une fusillade ou lors de l'entassement dans les wagons.

La premire fois qu'il revint de ce travail, son regard exprimait la terreur.

Cette expression sur son visage me transporta des sicles de mon adolescence. J'oubliais la faim qui me tenaillait constamment, je perdis mme l'envie de manger quelques cuillres de ptes l'eau. S'clairant la bougie, ma mre les faisait cuire dans un appartement vid de ses habitants. Je ne pensais plus chiper un morceau supplmentaire de sucre dans le panier de ma mre. Dans nos cachettes, elle nous les distribuait de temps autre comme un mdicament. Encore aujourd'hui, j'ignore o cette petite femme faible trouva le courage et la force pour cuire ces ptes dans ces moments-l ?

L'expression du visage de Hilek me montra un profond dsespoir dans lequel il ne restait plus rien de notre ducation, de notre savoir transmis depuis des gnrations, o tout perdait son importance, devenait sans valeur, restait loin derrire nous... Tout d'un coup, dans ma conscience, je devins mre avant l'ge, comme si j'avais saisi l'essentiel des plus grandes uvres du monde, celles qui n'avaient pas t crites par la main d'un homme. Je compris l'incomprhensible et le secret de la survie, le reste devint futile, pitre et absurde. Je regardais mon frre Hilek tenant sa tte entre ses mains et bredouillant :  ne me demandez pas ce qu'ils font avec ces gens l-bas !!! 

Dans les cachettes troites et malodorantes, dans les moments d'extrme tension, je me serrais contre ma mre, tenant sa main avec force, retenant ma respiration au bruit des bottes qui s'approchait et au cri glaant le sang dans nos veines :   Halt, Jude !  Puis tout prs, j'entendais des gmissements de douleur, des coups de feu comme si j'y tais !

Le calme de ma mre, sa matrise, sa confiance et sa volont opinitre de vivre m'apprenaient me conduire dans ces conditions : la petite fille que j'tais mrissait vite, j'tais sensible et intuitive. L'exemple de ma mre m'aida traverser cette longue et impossible route, inonde de morts - cette route qui menait la vie.

Nous passmes des semaines de plus en plus difficiles dans des caves et greniers sans possibilit de nous laver, de manger, de nous dchausser par crainte d'tre surpris et dports vers l'Est. Dj des centaines de milliers de juifs avaient subi la dportation, parmi eux, des membres de notre famille proche. Le nombre des orphelins augmentait et nous tions impuissants.

La nuit tomba lorsque nous descendmes du grenier pour prendre un peu d'air dehors, ne craignant pas les rafles aussi tard. Mon pre rentrait tout juste du travail et Hilek de  l'Umschlag . Nous tions tous ensemble, fatigus aprs une journe aussi longue que l'ternit.

Soudain, nous fmes surpris par des soldats allemands, lettons et lituaniens qui taient arrivs sur des pousse-pousse des quatre coins de la rue. Notre cachette dans le grenier surchauff devint alors le paradis perdu, appartenait une autre poque... Le mot  Halt !  nous transporta ds lors dans un univers nouveau. C'est nous quatre qui ouvrirent le cortge d'une colonne qui grandissait avec l'arrive des ouvriers revenant du travail en partie aryenne. Ce fut le guet-apens pour tous ces gens qui travaillaient et possdaient les meilleurs laissez-passer.

Notre parcours se couvrit petit petit de pommes de terre, d'oignons, de sucre (provenant) de (la) contrebande. Nous tions cerns des deux cts du cortge par nos bourreaux, tout puissants, nous n'avions pas le droit de bouger. Au moindre mouvement, les soldats tiraient sur les gens et les battaient. Je mris d'un sicle.

Ma mre essaya de me calmer, expliquant que nous irions travailler la campagne et que nous ne craignions rien tant jeunes et en bonne sant. Je devais dire que j'avais 17 ans.

Elle me pina les joues pour que j'aie une bonne mine et pingla sur ma tte mes deux nattes en couronne, ce qui me grandissait un peu. Jusqu' un certain point, tout cela m'intressait et m'impressionnait.

Dsormais, je faisais partie de cette immense colonne de gens angoisss au plus haut degr. Toute l'attention de ma mre se concentra sur moi, comme si elle voulait me protger et me dfendre. Jamais auparavant elle ne s't occupe de moi de cette faon. J'avais l'impression qu'elle voulait pntrer mon destin. Nous arrivmes  l'Umschlagplatz , surpeuple par les juifs rafls ce jour. La foule se bousculait, criait ! Les gens enfivrs cherchaient des cachettes, de l'eau, des enfants perdus, des proches. Ils voulaient avant tout partir ensemble.

Les Allemands installrent subitement une mitrailleuse, la dirigeant vers la foule qui devint silencieuse. Nous sentmes s'approcher le moment ultime... Nous nous serrmes trs fort tous les quatre, en nous regardant dans les yeux comme si nous nous quittions pour toujours. Bientt nous ne serions plus l. Hilek pourrait partir, il serait oblig d'emporter les cadavres. Mais il resta avec nous. Mon pre nous enlaa avec force. Ma mre me regarda avec amour et recueillement : - tout homme doit mourir un jour - dit-elle -nous allons mourir ensemble, n'aie pas peur, cela n'est pas si terrible...  Au del de toute angoisse, j'tais soulage ; mme la mort me paraissait petite et sans importance face la force des sentiments de cette dernire treinte en pleine humanit et dpassant toute autre chose.

Nous entendmes le sifflement de la locomotive, le train arrivait. La mitrailleuse tait devenue inutile. Les gendarmes allemands, les soldats SS, les polices juive et polonaise s'abattirent sur nous. La foule fut pousse vers les wagons avec les crosses des carabines et des btons. On entendait des coups de fusils, des cris, des injures, des pleurs. Mon pre crut qu'en montrant son laissez-passer devant le wagon nous serions librs. Hilek, en possession d'un numro de travailleur  l'Umschlagplatz  , devait tre libr. Mais ma mre n'tait pas de cet avis. Elle prit ma main et la main de Hilek en nous tirant loin du train. Mon pre voulut la persuader de ne pas s'loigner car nous pourrions nous perdre. Le principal tait de rester ensemble !

Soudain, comme s'il sortait d'un souterrain, un groupe des policiers juifs entoura mon pre. Leurs matraques s'abattirent sur lui. Il essaya de se protger des coups avec ses bras, puis il cda, se pencha sous les matraques et disparut dans la foule pour toujours. Je n'ai aucune photo de mon pre. Ce fut la dernire image de lui qui me resta devant les yeux, pour la vie.

Hilek voulut suivre mon pre en criant ma mre :  -Viens dans le train, nous serons avec tous les juifs, nous partagerons leur sort. Nous ne survivrons pas, toutes les cachettes sont connues ici, ils nous tueront et je serais oblig d'emporter vos cadavres, je ne veux pas vivre ce moment!  J'en avais assez, moi galement, je ne voulais plus me cacher, vivre dans l'angoisse, je prfrais rester parmi cette masse humaine qui dgageait une certaine force. Mais ma mre n'coutait pas, elle nous dit calmement :  -Que vous tes btes mes enfants, le train, c'estla mort, nous aurons toujours le temps d'y aller...  Finalement touse c, nous restmestoules trois dans coin de la place. Des baluchons, des affaires parpilles, des chaussures perdues s'talaient partout, dans une d'espace vide ressemblant un cimetire terrifiant.

Hilek nous cacha dans un gout o nous faillmes touffer. Plusieurs fois, il en sortit des cadavres. Heureusement, par manque de place dans wagons, un petit groupe de juifs demeura dans un btiment de la police. Nous restmes avec eux jusqu'au matin, l'arrive du nouveau train. Ma mre soudoya un policier juif. Il tait d'accord pour nous laisser sortir d'ici vers la  libert  et son prix tait : deux kilogrammes de riz et le costume de mon pre cach au grenier. Le prix habituel de la sortie de  l'Umschlag  tait de 10 000 ( ?) par  tte .

Nous vcmes nouveau des rafles, des cachettes et des supplices. Au mois de septembre, le jour du nouvel an juif (Rosh Hashanah), nous passmes une nouvelle  slection , appele  la rafle de la rue Mila . Des dizaines de milliers de gens furent dports ce jour-l. Tout le monde savait dj ce que signifiait le dpart vers l'Est : des wagons et  l'Umschlagplatz, c'tait la mort dans les chambres gaz, Treblinka ! D'un demi million de juifs du ghetto de Varsovie, il n'en restait qu'une dizaine de milliers. Nous tions parmi eux, mais sans mon pre.

Nous vivions dans une atmosphre de destruction : ville dvaste et de plus en plus vide, le nombre d'orphelins augmentait toujours, les familles taient spares. Ma mre travaillait dans une choppe confectionnant des uniformes pour les soldats allemands. Moi, cache sous sa machine coudre, je cousais des boutons pour avoir le droit la vie. Le ghetto fut rduit, il englobait quelques rues spares et devint un camp de travail. Hilek et Marek travaillaient dans la partie aryenne de la ville. Ils rapportaient de la nourriture troque contre des objets trouvs dans les appartements vids de leurs habitants, dports. Les juifs avaient le droit de sortir de chez eux pendant une heure en matine, quand ils allaient travailler, et une heure en soire, quand ils rentraient du travail. Les soldats SS taient constamment prsents dans le ghetto, ils fusillaient, tendaient des guets-apens dans les greniers que les gens empruntaient pour passer clandestinement d'une rue l'autre.

Mon frre Hilek se maria. Les parents de sa femme Hla, d'origine de Bydgoszcz, furent dports pendant  l'action  de la rue Mila. Pendant cette rafle, nous nous cachmes au grenier parce que ma mre avait perdu son  Aussweis . Heureusement, car pendant ce temps-l, les Allemands embarqurent toutes les personnes de son choppe, sans faire de diffrence. Son laissez-passer, nous le retrouvmes la maison parmi les objets parpills.

La rumeur se rependit que les Allemands liquideraient dfinitivement le ghetto au printemps. Varsovie devait tre  Judenrein  -  nettoy des juifs  ! Une construction fivreuse des bunkers souterrains commena, nous esprions qu'aprs la dfaite allemande Stalingrad, la guerre ne durerait pas longtemps et que nous pourrions survivre. Les bunkers furent quips de chlits, de nourriture, d'eau, de ventilateurs, de leviers en fer pour s'chapper des wagons, parfois d'armes et de poison. Pourvu qu'on ne soit pas dport Treblinka ! L'insurrection juive se prparait. Ceux qui demeuraient encore dans le ghetto sans famille n'avaient plus rien perdre. La responsabilit collective n'avait pas d'effet. Avant Pques, nous passmes du  petit Ghetto  la rue Mila o ma mre trouva des places dans un bunker qu'elle avait t oblige de payer.

Les gardiens allemands du groupe des travailleurs avec lesquels nous dcidmes de passer dans la rue Mila, taient extrmement brutaux. Pour ne pas tre reprs, Marek laissa toute la nourriture prpare. Il devait la rapporter le lendemain... Ma mre prit seulement son panier avec la farine, des morceaux de sucre et une bouteille d'huile, cela n'attirait pas l'attention.

Dans la rue Mila, nous rencontrmes inopinment Erna et sa mre. Nous avions eu l'impression de rencontrer deux fantmes vivants, sortant de notre pass, proche et lointain la fois. Elles insistrent pour que je me rende chez elles, nous avions tant nous raconter ! Mais Marek s'y opposa, nous ne devions pas nous sparer. Personne n'tait sr de l'heure suivante... Marek retourna dans l'appartement pour chercher la nourriture que nous avions laisse.

Pques, le 19 avril 1943,  Leil Haseder . Ma mre nous rveilla violemment la nuit : - Debout ! Les Allemands ont enccercl le ghetto, il faut descendre dans le bunker et vite ! . Nous descendmes en hte, apeurs, cherchant du secours dans la pnombre du sous-sol qui nous coupait du monde extrieur. L'intrieur tait peu clair, l'air pesant, il faisait chaud. On entendait des cris, des voix qui se querellaient, provenant des chlits surpeupls et des passages troits. Il y avait davantage de gens que de places. Sur le chlit, on pouvait bouger uniquement en position allonge.

Les Allemands n'allaient plus chercher les gens chez eux pour les tirer dehors en cassant les portes, maintenant ils incendiaient des rues entires et toutes les maisons. Les gens brlaient vifs, la fume les asphyxiait, ceux qui fuyaient taient fusills ou emmens  l'Umschlagplatz . Les incendies ne touchaient pas les bunkers mais les Allemands les inondaient. Le bunker d'Erna Nalewki fut submerg d'eau. Quelques dizaines de personnes en moururent. Marek m'avait interdit hier (ou tait-ce il y a un sicle ?) de rester avec mon amie...

Lui, fut galement coup de nous. Dans notre cachette, nous vivions la nuit, nous dormions le jour, les Allemands et leurs aides ne cherchaient pas les bunkers la nuit.

Nous nous vanouissions de faim. Ma mre nous donnait de temps en temps un morceau de sucre, une cuillre de confiture et un peu d'eau. Elle n'arrivait pas trouver de place prs du feu pour prparer des ptes avec sa farine, seuls les plus forts pouvaient prparer leurs repas. Les gens restaient allongs ou tournaient en rond nerveusement, presque tous dnuds. Notre bunker tait rempli craquer car les habitants des maisons brles se rfugiaient chez nous. La fume commena entrer l'intrieur, nous manquions d'oxygne, on ne pouvait mme plus allumer une allumette. Les gens s'vanouissaient en rlant, ne pouvant plus respirer.

Au-dessus de nos ttes : du feu, des fusillades, des chars, des canons, des voitures blindes contre une poigne de combattants juifs et contre nous, cachs sous terre... Ceux qui taient encore valides mouillaient des serviettes et les agitaient, se donnant l'illusion d'un rafrachissement... Ils partageaient les dernires gouttes de mdicament. On a besoin de peu de choses au seuil de la mort. Ils se consumaient lentement comme une bougie dont la flamme diminuait petit petit.

J'tais allonge sur mon chlit, demi-consciente, quand ma mre tira violemment mon bras : - Vite, habille-toi ! Ils nous ont trouv et ils frappent avec force la porte d'entre ! . Comment mesurer la dfaite de l'espoir, combien de temps faut-t-il pour s'en apercevoir afin de continuer la course contre la mort ?! Le temps d'une grenade jete l'intrieur, une chelle introduite, l'apparition des silhouettes en uniformes verts, chausses de bottes noires. Nous passmes dans un univers diffrent : - Alle heraus ! Sortez !! Ne craignez rien, vous partez pour travailler mais il faut obir aux ordres ! Schneller ! (plus vite) . Peut-tre tait-ce la vrit ?...

Aprs trois semaines d'enfermement nous vmes la lumire du jour ! Les soldats craignant que des personnes armes les prennent pour cible, comme cela arrivait parfois, nous aidrent sortir. Ils avaient peur des personnes armes qui pouvaient ouvrir le feu, parfois cela arrivait. Finalement, notre groupe fut joint une colonne de gens qui attendaient dans la rue. Nous tions au dbut du mois de mai. Dans le ghetto, nous voyions des traces de combat dans les rues : des chars et des automobiles blindes, des maisons dtruites, mme les squelettesdes maisons taient transs en gravats pour nous empcher de nous y c. On ela musique d'un piade l'autre ct du mu.


Commmoration au Kibboutz "Shirour" (libert) lors du troisime anniversaire de la rvolte du Ghetto de Varsovie. Sur les dcombres du bunker de Mordechai Anilewicz au Ghetto de Varsovie, 19 avril 1946.

Halina Balin (avec une ceinture) sur la gauche.

Nous arrivmes, ma mre, Hilek, Hla et moi, pour la deuxime fois  l'Umschlagplatz . Nous retrouvmes le btiment d'cole et de police et nous fmes entasss mme le sol dans une salle de classe. Toute la nuit, nous attendmes l'arrive du train, sachant ce que voulait dire  partir trava l'Est . Cette conscience ne changeait rien notre situation d'impuissance. La connaissance du futur, de l'ailleurs, nous paraissait lointaine par rapport au cauchemar que nous vivions avant le dpart du train. Nous n'avions pas le droit de bouger, sous peine d'tre fusills. De temps en temps, un Allemand arrivait et choisissait au hasard une personne qui devait lui donner de l'argent, de l'or, des bijoux ! L'un est apparu avec des bouteilles vides dans ses mains.

Je serrais ma tte contre les genoux de ma mre, me bouchant les oreilles avec les doigts. Ma mre se pencha sur moi pour me protger. Je ne voyais rien et n'entendais rien, ce moment dura une ternit. Je sentis ma mre sangloter. Ma mre ne dprimait jamais et ne pleurait jamais non plus. En dbouchant mes oreilles, je dcouvris un silence, interrompu de temps autre par le bruit de coups de cravache qu'un soldat assnait sur mon frre dont le visage avait t rou de coups, ensanglant, les yeux plisss de douleur, les lunettes brises. Mon frre restait silencieux sous les coups. Ensuite il s'assit, toujours silencieux, ct de ma mre et de Hla. Il voulait boire, mais ma mre ne possdait qu'une bouteille d'huile dans son panier...

A l'aube, les Allemands s'abattirent sur nous comme des btes froces, nous forant par des coups et des fusillades nous diriger en direction des wagons. Parmi les gens qui se pitinaient dans l'escalier, je me frayais un chemin en me cramponnant ma mre, de peur de la perdre.

Le trajet assez court entre la sortie du btiment et l'entre dans le wagon tait couvert de cadavres. Le temps parcouru pour arriver au train paraissait interminable et je ne sais plus quel sicle il appartenait.

Nous montmes dans le wagon. Aucun miracle ne se produisit pour arrter cela. Les Allemands taient toujours puissants et cruels malgr leur dfaite l'Est. Ni la terre, ni le ciel ne s'ouvrirent devant l'extermination d'un peuple rempli de dsespoir et de grce.

D'ailleurs personne ne songeait cela. On se proccupait uniquement d'une chose : comment viter le pitinement de la foule. Devant les wagons, les soldats SS chargeaient les gens coup de crosses. Ainsi pousss, ils tombaient les uns sur les autres, s'engloutissaient dans les wagons, laissant la place aux suivants jusqu'au moment o le remplissage devenait impossible. Ensuite les portes taient fermes et verrouilles.

Le train se mit en marche. Les fentres du wagon, petites et troites, disparurent, caches par les silhouettes des hommes les plus forts bouchant l'arrive de l'air. Les gens se battaient pour avoir quelques centimtres de place, se querellaient, se pitinaient et touffaient les autres avec leurs corps. On s'arrachait les bouteilles d'eau, jetes de temps en temps par les Polonais depuis l'extrieur. Elles arrivaient le plus souvent aux mains des plus forts. Les soldats SS tiraient en directions des gens qui voulaient fuir par les ouvertures des fentres et l'intrieur des wagons.

J'tais debout, colle ma mre et regardais la  malheureuse  bouteille d'huile dans son panier. Dedans, nous avions du liquide mais rien boire !!! J'tais au courant pour Treblinka, mais ma mre m'assurait que nous allions au travail. Je lui tais reconnaissante de n'importe quel mensonge, pourvu que le nom de cette terrible station ne soit pas prononce. Aprs tout, cela m'tait gal car je ne pouvais plus supporter de rester dans ce wagon.

Je tombais sur le sol et les autres tombrent sur moi. L'obscurit m'envahit et je ne sentis plus rien. Subitement, quelqu'un tomba sur moi, sur mon visage et sur mon nez. Je ne pouvais plus respirer ! En me dmenant avec une force surhumaine, je ne pus m'arracher de ce tas humain et de mes propres chaussures laces, qu'en blessant mes jambes jusqu'au sang. Je me dbarrassais de mes vtements et me retrouvais au-dessus de ce tas de corps mourants ou morts, prs de la fentre. Je mis ma tte au dehors, le canon de la carabine du soldat SS toucha ma glotte. J'absorbais l'air de tous mes poumons !

Le train s'arrta une station. C'tait la nuit et la pluie tombait. Au cri de :  Raus !!! (dehors) , matraqus, nous sortmes du train. Nous partmes en grandes colonnes, pataugeant dans la boue. J'avais soif au point d'avoir envie de lcher cette boue. J'tais vtue seulement d'un manteau d'homme que j'avais trouv dans l'obscurit du wagon. Mais nous tions ensemble, ma mre, mon frre, ma belle sur, ma cousine. Nous ne nous tions pas perdus ! La station d'arrive s'appelait Lublin. Nous nous embrassmes de joie, ce n'tait pas Treblinka...

Je pataugeais dans la boue, m'appuyant sur Hilek. Les Allemands tiraient sur les gens qui ne pouvaient pas marcher. Ma mre dchaussa une femme morte de ses chaussures talons hauts. Il fallait que je fasse 17 ans.

Hilek arracha un talon de ma chaussure car j'avais des difficults marcher, l'autre talon resta par manque de temps. Nous arrivmes l'endroit o des coups s'abattirent sur nous, sparant les hommes des femmes. On disait que les enfants et les vieillards iraient ensemble. Je dis ma mre de ne pas aller avec moi si j'tais prise. Ma mre me regarda droit dans les yeux et me demanda si je croyais vraiment qu'elle pourrait me laisser ?!

Hilek nous prit dans ses bras avant que le soldat SS le frappe avec une cravache, le sparant de nous pour toujours. Au dernier moment, il m'avertit de ne pas m'appuyer contre ma mre, elle risquerait de tomber. Le vent froid soufflait. Ma mre me couvrit avec son manteau. Sur une place, nous restions debout dans une foule de femmes. Elle me dit que, bientt, nous irions aux bains, recevrions d'autres vtements, nous pourrions nous rchauffer et prendre un repas dans une baraque du camp. Je l'coutais avec impatience car un clou du talon cass de ma chaussure et le talon haut de l'autre m'incommodaient. A ce moment, j'ignorais encore que ces chaussures me sauveraient lors d'une  slection  au camp de Majdanek. Une  Aufseherin , une surveillante SS, slectionnant les prisonnires l'appel, envoyait au gaz celles qui taient malades ou blesses aux pieds. Elle m'arrta, mais s'apercevant que je boitais cause du talon, elle me laissa partir !

La slection se passait toujours sur la place, les femmes prises taient emmenes quelque part. Notre tour arriva. Je m'appuyais contre ma cousine, me rappelant l'avertissement de Hilek. Ma mre et ma belle sur marchaient derrire nous. La douleur des mes pieds blesss m'empchait de penser autre chose. Mon attention tait fixe sur ma dmarche. Soudain, je me retrouvais dans une baraque remplie de vtements. On nous ordonna de nous dshabiller et de garder nos chaussures. Enfin les bains ! Des dizaines de femmes nues sous les douches, Halina et Hla galement. Ma mre avait raison : nous ne serons pas tues, nous vivrons et travaillerons.

Je voulais la prendre dans mes bras, me serrer contre elle... Parmi les femmes nues, je la cherchais des yeux avec une inquitude grandissante.

Mes yeux taient fixs sur la porte, j'attendais. Elle va certainement rentrer d'un moment l'autre, il faut qu'elle vienne ! Je sentais encore la chaleur de son corps quand elle me couvrait de son manteau sur la place. Elle n'entra pas ! J'avais peur de questionner ma belle sur et d'entendre sa rponse. Ma situation tait dsespre, insense, je me trouvais dans un prcipice. La voix de Hla disait : - Ta mre n'est plus l, c'est moi maintenant ta mre...  Je ne comprenais pas le sens de ses mots. Je tournais en rond me rptant : - Maman n'est plus, maman n'est plus !!!  Cela me dpassait.

Sous les coups et les innous fmes es, toutes nues et mouille, dansupice froide. On jeta des vtements bizarres et de tailles diffrentes, on aurait dit un dguisement de cirque. On m'attribua une robe noire de bal en dentelles. Hla raccourcit cette robe sur moi en la remontant et en l'attachant autour de ma taille pour que je puisse marcher. Elle me supplia : - Halina, ne me regardes pas comme a, j'ai peur de tes yeux !  Quelle expression avaient-ils mes yeux pour l'effrayer autant? Je ne savais plus qui j'tais !


Hela Herszberg-Grynsztejn de Bydgoszcz, pouse de Hilek, 1941 ou 1942

(la photo provient du frre d'Hela survivant, vivant en Russie ou il s'est rfugi aprs la guerre. Hela lui envoya du Ghetto avant que n'clate la guerre entre l'allemagne et la Russie.

Dans unebaraque surpeuple, Hla se battait pour trouver une place pour moi et pour elle, pour avoir une de ces gamelles de soupe dont la quantit tait infrieure au nombre de femmes affames et assoiffes ; elle se faisait bousculer pour accder la cuve contenant la soupe d'eau aux orties, pour obtenir une tranche de pain. Nous ne nous quittions plus. Mais Hla maigrissait, faiblissait et dprissait trs rapidement. Je me mis mon tour lutter pour survivre, pour ne pas la perdre.

Parfois, je lui laissais la soupe, si j'obtenais une seule gamelle, et pour qu'elle l'accepte, je disais ne rien pouvoir avaler ce moment. Je la chauffais avec la chaleur de mon corps, la cachais des capos qui nous obligeaient porter des pierres. Sur le sol de la baraque, pendant les heures de repos, nous nous serrions l'une contre l'autre pour nous soutenir moralement. Nous partagions chaque miette de pain, chaque cuillre de soupe, mais galement nos penses, nos remarques, utilisant parfois l'expression de nos yeux quand nous manquions de force pour parler.

Ainsi s'coulrent quelques mois, nous les vcmes affames, malades, battues, travaillant comme des esclaves. La menace des  slections  tait omniprsente, nous ne pouvions pas nous laver, ni changer nos vtements. Aprs l'appel parfois, les prisonnires taient escortes aux bains, mais personne ne savait si elles n'allaient pas la chambre gaz. L'incertitude ne nous quittait pas : o allions-nous maintenant ?

En juillet 1943, les jeunes femmes les plus fortes furent choisies pour partir dans un camp de travail - ici c'tait un camp de concentration et d'extermination. A la premire slection, nous ne fmes pas considres comme aptes, la deuxime on me choisit mais je m'enfuis car Hla, trop maigre, n'avait pas t accepte. La troisime fois, on nous accepta toutes les deux, on pris toutes nos coordonnes, on nous distribua de la soupe et on nous enferma clef dans une baraque. Serres l'une contre l'autre sur le sol, nous rvions d'un camp meilleur.

La nuit, les Allemands survinrent brutalement dans notre baraque, nous donnant des coups de crosses, hurlant et lchant les chiens contre nous afin de nous faire sortir dehors. Ils nous mirent en colonnes, comptrent plusieurs fois jusqu' l'exaspration et nous emmenrent, toutes... la chambre gaz. L'intrieur ressemblait une salle de douche. Nous y attendmes, toutes nues, pendant d'interminables heures.

Je tenais la main de Hla en regardant en direction des douches d'o devait venir le gaz : - De quelle faon allons-nous mourir ? Qu'est-ce que c'est la mort ??? -me demandais-je. - Les Allemands disparatront, peut-tre, la guerre se terminera bientt ?  Le matin nous apprmes qu'il y avait eu pnurie de gaz cette nuit !... Nous survcmes notre propre mort.

Les soldats SS nous recomptrent et les prisonniers de fonction nous distriburent du pain que nous avalmes immdiatement. On nous dirigea vers un train. De nouveau des wagons bestiaux, cette fois-ci les portes restaient ouvertes et les soldats de la Wehrmacht y prirent places confortablement. Ils nous donnrent l'ordre de nous asseoir en rang, les jambes cartes, l'une derrire l'autre pour utiliser chaque centimtre de l'espace. Nous devions rester assises ainsi sous peine d'tre fusilles si nous changions de position.

Nous tions enfin assises mais nous ne savions pas que cela durerait pendant quarante-huit heures ?!

Le mois de juillet tait chaud, nous avions faim et soif. Ne pas bouger pendant le voyage tait une torture, comme si on recevait des piqres d'aiguilles partout, dans tout le corps engourdi. Nous connmes une nouvelle souffrance : tre assises. Une femme du rang voisin avait sa fille assise entre ses jambes, elle se leva peine et implora d'avoir la permission de se dgourdir un peu. Le soldat se mit debout, ta la carabine de son paule et visa la femme. La peur nous glaa. Je pensais qu'il menaait seulement cette femme mais il tira et la balle se logea dans sa tempe. Son visage devenait de plus en plus blme et la femme tomba dans les bras de sa fille. Le soldat remit sa carabine l'paule, s'assit et grogna l'ordre de jeter le cadavre du train. La petite fille pleurait doucement sa mre, il lui dit de se taire car elle aussi  crverait  bientt, elle tait juive ! Le train s'arrta la station : Auschwitz. A la porte d'entre, on pouvait lire en grosses lettres :  Arbeit macht frei  - Le Travail rend libre .


Halina (Hala) Grynsztejn, prisonire numro 48693 Auschwitz Birkenau.

Copie du registre d'Auschwitz- Birkennau d'Hala Grybnsztejn, profession: fabriquante de brosse

Fiche remplie par les allemands le jour d'arrive d'Halina au camps d' Auschwitz Birkenau alors qu'elle dclara que sa profession tait fabriquante de brosse

Archives du Muse d'Etat in Oswiecim (Auschwitz) (1997) Karty Wydzialu Zatrudnienia (Sheets of Employment Department), tom IV (vol. IV) Sygn. D-Au I-3a/986-1378   Nr inw. 174387.

Les ranges de baraques en briques, les barbels lectrifis, les miradors quips de mitraillettes comme Majdanek. Dans les fentres et autour des baraques, les silhouettes ne ressemblaient ni des femmes, ni des hommes, ni des vieillards, ni des enfants... Les ttes rases, des vtements bizarres, incolores, d'normes sabots boueux aux pieds, des visages livides. Le mal infini. - Je ne sortirais jamais d'ici.  -pensais-je, effondre. Mais je n'avais pas de temps pour rflchir, il fallait ragir dans les rgles du nouvel enfer : ne pas perdre Hla dans cette foule de femmes tourdies et sauvages, savoir quelle surveillante tait la moins cruelle, quel mtier devrais-je dclarer pour tre utile dans le camp et pour chapper la mort, o trouver une gorge d'eau !

Le soir-mme, nous ressemblions aux autres prisonnires, puises. Nos ttes rases, un numro tatou sur l'avant-bras gauche, vtues de haillons marqus de longues croix la peinture l'huile rouge, des sabots lourds qu'on ne pouvait extirper de la boue. Nous passions des heures l'appel quotidien, devant notre  block , dans la boue puante, sous les coups et les injures.

Aprs notre arrive Birkenau, les dimanches, Hla et moi avons travaill la pose des rails. Nous appelions ces jours owięcimskie wychodne"-  les congs d'Auschwitz .

Lors de nos premires journes, les Allemands transportaient pendant la nuit les gens dans des camions couverts et les gazaient en route. La nuit, en travaillant dans un atelier de couture qui se trouvait prs de la rampe, nous voyions passer de tels camions souvent doubls par une  komandker  avec un croix rouge comme une ambulance ! Nous pouvions entendre des cris et une prire voix haute  Szma Izrael ! 

Nous souffrions de la faim. Les rations journalires de soupe aux betteraves l'eau et de pain taient minimes. Nous tions battues constamment, injuries, nous vivions dans la salet, envahies par les poux, infectes par diverses maladies, celles-l mme qui nous destinaient au gaz.

Nous ne pouvions pas nous laver, ni changer nos vtements pourris par la pluie et couverts d'excrments. Partout, une atmosphre d'hostilit rgnait : au travail - harassant, dans les chlits o nous dormions, aux latrines, prs des cuves, attendant la distribution de soupe. Dans tout le camp, on sentait l'odeur de chair humaine brle. Pendant deux ans, je la respirais nuit et jour. Je rencontrais des gens conduits vers les chambres gaz quand je travaillais dans un  bon kommando  du  Canada  o l'on triait les vtements des gazs et trouvait la nourriture qu'ils avaient emporte.

La rampe o arrivaient constamment les trains ne dsemplissait pas, les gens venaient de toute Europe. Ils taient destins l'extermination par le gaz. Les chambres gaz fonctionnaient jour et nuit. La masse humaine dirige vers l'extermination taisi grande que nous, qui travaillions au  Canada , avions des difficults pour passer dans le sens contraire, nous divers le lieu de to nous trions les vtements des s, dests l'Allemagne.

Ujour, notre  commando  de travail s'arrta ct d'un coavec un bb dans les bras. Ils nous demandrent si la colonie juive tait encore loigne car ils voulaient donner manger leur enfant. Nous nous tmes. Ils avaient encore quelques mtres parcourir pour arriver au ciel, leur dernire colonie o ils deviendraient fume de chemine. Au  Canada , je travaillais debout sur des tas de vtements mls aux photos, lettres, paquets de nourriture, ne pouvant plus prononcer un seul mot ! Les mots perdirent leur sens ! J'avais l'impression de vivre dans un nant o les gens du monde avaient t emmens, dpouills de leurs vtements et mis nus. A notre tour, aprs avoir tri leurs bagages, nous serions jets dans le feu. On appelait  Canada  en yiddish :  keine da  ce qui signifiait : il n'y a plus personne !

Quand on me demandait mon ge, je rpondais 17 ans, comme ma mre me l'avait appris au ghetto. Un block spcial pour enfants fut ouvert au camp. Les enfants n'y travaillaient pas, mangeaient du pain blanc, du beurre, buvaient du lait. Certaines femmes, attires par les conditions de vie de ce  paradis d'enfants  se portrent leur candidates pour ce block, elles ressemblaient des enfants avec leurs ttes rases et leur accoutrement. Personnellement, je refusais de m'y rendre par peur d'tre spare de Hla. Les femmes se moqurent de moi tout en essayant de me persuader que dans ce block je pourrais aider ma belle-sur. Au bout de quelques semaines, tous les habitants de ce block furent mis sur des camions et emmens au gaz.

Hla se transforma en squelette vivant. Ses joues s'taient creuses, ses yeux taient normes, de ses jambes et de ses mains, il ne restait que des os. Je fuyais son regard quand elle me suppliait d'aller demander la  schtoubova  une ration supplmentaire de soupe. Je supportais mal de qumander et de m'exposer aux coups et aux injures. Il tait plus facile pour moi de lui donner ma soupe. J'essayais de lui expliquer et me persuadais moi-mme que, de toute faon, la soupe supplmentaire ne calmerait pas notre faim ternelle ici et que, si nous sortions d'ici, nous mangerions notre faim. Hla n'avait pas la force d'couter ce genre de  sages explications .

Mais tous ces problmes devenaient moins importants lorsque le son du sifflet retentissait et lorsque nous entendions les mots paralysants : 'toutes les juives l'appel' ou 'les juives restent sur place aprs l'appel'. Nous oublions alors la faim qui nous tenaillait, le froid, le gel, la douleur cause par l'agenouillement dans la boue ou sous la pluie - souvent sans chaussures qui nous avaient t voles ou prises pour nous punir. Nous savions que ce moment tait crucial pour nous, attendant le verdict de nos matres qui, d'un geste de la main, nous dirigeaient gauche : vers la mort, droite : pour continuer la vie de souffrance au camp.

Sur la Place, devant les bains, je suivais Hla. C'tait une journe d'automne, trs claire. Nous avions t mises en rangs toutes nues. Les femmes faibles, malades ou celles dont l'allure simplement ne plaisait pas taient diriges gauche. Moi, je me portais encore relativement bien, mais je craignais pour le sort de ma belle sur, elle avait peu de chance d'tre pargne. Enerve, inquite, respirant avec difficult, je me rapprochais constamment de Hla pour la protger de la vue des SS qui slectionnaient. Mengele leva sa main et choisit Hla gauche ! Je la serrais de toutes mes forces contre moi en m'imaginant que son sort dpendait d'une dcision humaine. Aprs tout, ils pouvaient laisser vivre ma belle-sur. Cela devait tre possible !

Les kapos me tiraient, voulant me sparer de Hla. - Qui est-elle pour toi ?  - la voix froide de  l'Unterscharfhrer  Taube posa cette question. - C'est ma mre, ma sur, ma belle-sur, je ne peux pas vivre sans elle !  - expliquais-je fivreusement, m'adressant lui comme un tre humain. Le matre de la vie et de la mort dcida de me slectionner avec Hla. La chef de block,  blokova , obissante, marqua nos numros sur la liste de condamnes au gaz. Je serrais toujours Hla ne voulant pas quitter ma place. - Je ne mourrai spas maintenant - je me disais - pas aujourd'hui, et je ne reviendrais pas sans elle !  Je sentais en moi toute la force de ma vie.

L'adjoint du commandant du camp qui se trouvait face nous, entour des officiers regardant la slection comme une pice de thtre, me fit signe du doigt de m'approcher. - Ferme-l  - coupa mes supplications- sinon, tu iras l-bas  - et il dsigna le feu des chemines du crmatorium -si tu te tais, je te laisserais partir avec ta  Schwgerin . Les officiers ricanaient, singeant mon  jaaa ?!  (ouiiii !) incrdule. Hssler donna l'ordre la  blokova  de rayer nos numros de la liste des condamnes mort.

Je voulais sauter au coup d'Hssler pour le remercier, mais une gifle magistrale me renversa par terre. Ce fut ma deuxime naissance, pour Hla malheureusement, le temps lui tait compt. Aprs la slection, elle m'avoua, regardant ses mains et ses jambes osseuses, qu'elle n'avait plus la force de vivre plus longtemps. Si elle respirait encore, c'tait grce moi, parce que j'tais vivante... J'essayais de la convaincre que la guerre se terminerait bientt, qu'elle gurirait et serait comme avant.

Hla savait mieux que moi que son destin tait scell. Elle m'accompagnait encore l'appel et au travail l'atelier de couture, rassemblant le reste de ses forces. J'essayais de l'aider, de la soulager ; elle souffrait de maladies multiples.

En fraude pour qu'elle ne soit pas bouscule par les femmes atteintes de diarrhes et parce qu'elle n'avait plus la force d'y arriver, je portais les gamelles dans lesquelles elle faisait ses besoins aux latrines.

Il y avait toujours des centaines de malades parmi lesquelles on choisissait dix quinze personnes, qui pouvaient sortir, escortes jusqu'aux latrines lointaines et surpeuples. Faire ses besoins dans les gamelles tait strictement interdit et passible de la peine de mort. Mais je n'tais pas prise. Comme si la punition n'existait pas, je ne pensais qu' une seule chose : vider la gamelle ncessaire Hla. Elle tait dvore par la fivre, par le scorbut et par une diarrhe de sang. Ses voisines me disaient d'abandonner Hla car, malade de la tuberculose, elle pouvait me contaminer. Ces femmes ne se rendaient pas compte de ce que reprsentait Hla pour moi, malade ou en bonne sant !


Latrines des prisonniers Auschwitz Birkenau.

Elle ne pouvait plus quitter son chlit et n'arrivait pas comprendre la signification du son de sifflet d'appel. Les  schtoubova  la sortirent sur une civire et la posrent dans la boue prs de moi. Pendant l'appel, pour la premire fois j'tais seule. Le regard de Hla me fixait comme s'il voulait me dire adieu, me demandant de ne jamais l'oublier et de lui pardonner de m'abandonner. Depuis, ce regard reste grav dans ma mmoire vie. Hla fut emmene dans la baraque du  Revier = quartier  avec d'autres malades. La  blokova  me promit de m'emmener l-bas quand elle accompagnerait des malades, plus tard. Elle nous traitait mieux, Hla et moi, depuis cette fameuse slection. A partir de ce jour, je ne mangeais pas mes portions de pain pour les porter Hla, esprant que cela pourrait lui redonner des forces et qu'elle reviendrait au block.

Elle tait allonge sur un chlit en haut, ressemblant un fantme. Son visage s'animait ma vue, elle me dvorait des yeux, rptant les mots : - Halinka, tu es venue me voir, tu es venue !  Mon pain ne l'intressait pas. Elle n'en avait plus besoin. Ma visite fut trs courte, on me chassa en me rouant de coups. Quelques jours aprs, j'osai demander la  blokova  des nouvelles de Hla. Elle me rpondit schement qu'elle n'tait plus. Je voulais savoir comment elle tait morte ? Sur son chlit ou gaze ? C'taittrs important pour moi. La  blokova  arrta un instant ses injures et ses coups, et avec une voix plus humaine, me rpondit que Hla tait morte sur son chli, de mort naturelle... Elle avait vingt . A partir ce moment-l, plus pern'avait besoin de moi, je devins indirente tout, renferme dans une sorte de carapace.

J'tais seule, tout tait hostile et tranger autour de moi, je me forais pour lutter et faire des efforts, mme pour respirer. Dans cet univers o les gens destins la mort arrivaient constamment par les trains, descendaient sur la rampe, face mon block, o le feu des chemines et l'odeur de la chair humaine brle taient omniprsents, je vivais dans la boue, dans les maladies, couverte de gale, de plaies purulentes, de poux, soumise au typhus et aux slections, mais je vivais. Je ne devenais pas squelettique. Je me frottais la mort con, mais elle m'vitait. Je gurissais sans mdicaments, ne prenant pas froid, nue et pieds nus, dehors, sous la pluie et dans le froid. On aurait dit que mon organisme dfiait les lois de la nature... J'arrivais cacher mes maladies, dissimulant mon ge qui me condamnait mort.

Je ne savais plus qui j'tais, qui j'appartenais. Mon transport, provenant de Varsovie et arriv ici de Majdanek, tait dj parti avec la fume du crmatoire depuis longtemps. Mes voisines de chlits changeaient, arrivant par diffrents transports, de pays diffrents et elles aussi tombaient comme des mouches.


Halina Birenbaum dans son bloc Numro 27 Auschwitz Birkenau.

Je passais deux fois Nol Birkenau. Au camp, un sapin avait t clair par des lumires en couleurs, l'orchestre jouait au dpart et l'arrive au camp comme tous les jours d'ailleurs et l'autre bout du camp, une flamme sortait de la chemine provenant des corps humains brls. Le jour de Nol, nous avons eu droit de la semoule au lait au lieu de la soupe aux betteraves - c'tait une fte organise par nos matres, dans les rgles de l'ancienne tradition, mais dans un ordre nouveau : l'ordre nazi.

Pendant les slections, la couleur de nos langues dcidait de notre vie ou de notre mort, quand les Allemands choisissaient d'envoyer la mort les malades du typhus.

Ma langue ne m'avait pas trahi durant la slection, elle devint blanche aprs, le soir. La fivre trs leve ne m'empcha pas de travailler pendant deux semaines, pourtant je ne mangeais pas et j'avais t battue svrement par la garde de nuit. Lors de la slection suivante, ma langue reprit sa couleur normale. L'pidmie de typhus faisait des ravages, les femmes mourraient sans slection pendant l'appel, au travail, au  Revier , les blocks se vidaient massivement.

Lors de la dernire slection, personne ne partit au gaz, la liste fut seulement marque par les Allemands, nous l'oublimes rapidement. Deux semaines s'coulrent. Aprs un appel du matin, on nous ordonna de revenir au block.

Nous tions contentes de ne pas aller au travail et de pouvoir nous rchauffer sur nos chlits. Nous n'tions plus que trois aprs l'pidmie de typhus. Sous notre couverture, Fruma commena raconter les histoires de sa famille : sa mre et ses plats de cuisine, sa maison. Subitement, nous entendmes un vacarme dans le block. Des numros avaient t prononcs, cris. Plonges dans nos bons souvenirs, nous ne faisions pas attention toute cette agitation. Un numro prononc furieusement nous frappa comme la foudre tombe du ciel : Fruma !... Elle s'arrta au milieu d'une phrase et descendit du chlit. La chaleur de son corps restait encore sous ma couverture, le son de sa voix dans mes oreilles. Elle partit la mort avec les autres femmes ainsi choisies, dshabilles la sortie du block, enveloppes dans des couvertures sombres et rches, direction : la chambre gaz. Fruma avait 16 ans, travaillait dans un kommando trs dur : Aussenkomando , elle venait de gurir du typhus, mais sa langue avait dplu aux spcialistes allemands

Sabina fut gaze, sa mre avait t tue dans le wagon qui roulait vers Auschwitz. Mais auparavant elle venait l'appel et au travail, avec ses yeux marqus par la fivre et ses lvres gerces. Elle portait le sachet rempli de pain qu'elle ne mangeait pas, suppliant constamment : - Une gorge d'eau ! Une gorge d'eau ! .

A cette poque, chaque matin, je me levais du chlit, trempe, car au dbut, nous dormions seize avec des femmes enfivres! Bientt leur nombre diminua cause de l'pidmie et des slections incessantes.

Une  schtoubova  polonaise, Stasia, m'aida fuir une slection qui se droulait dehors par un temps trs froid. Tout le monde devait passer nu et pieds nus devant un tribunal de SS. A l'poque o Hla tait encore en vie, Stasia me donnait parfois un peu plus de soupe qu'elle distribuait. Le jour de Yom Kippour, elle dsigna de service des prisonnires non-juives dans notre block et au retour du travail, elle alluma une bougie, demandant de ne pas sortir et de prier en silence, chacune sa faon, pour que nous puissions arriver la libration.

Dans le kommando  Weberei , la petite Polusia me sauvait des punitions en m'aidant fabriquer des tresses de chiffons. Nous tions obliges de trouver d'abord des chiffons et ensuite de fabriquer un nombre impos de tresses. Plus tard, elle m'aida me faire admettre dans le kommando de  Canada  grce l'amiti d'une  schtoubova . L-bas, je mangeais enfin ma faim mais je voyais de prs le processus d'extermination massive et de pillage.

Une  kapo , Alwira, du  Kartoffelkommando  me dsigna pour un travail moins difficile la fabrication de la choucroute. L'endroit o le chou(x) fermentait tait chauff et on pouvait manger des betteraves et du chou... Je n'aurais pas pu tenir longtemps en transportant les importantes quantits de pommes de terre qu'il fallait mettre dans les trous creuss dans le sol boueux. Plus tard, sur la route de la  marche de la mort , Alwira me sauva galement lorsque je n'avais plus la force de marcher et risquais d'tre tue par une balle. Elle me trana avec elle, malgr sa fatigue proche de l'puisement. Le pre d'Alwira tait juif, sa mre allemande.


Mme Miriam Preis de Staszow, photo prise en Isral aprs la guerre

Quand j'avais perdu Hla, madame Preis et sa fille m'avaient accueilli sur leur chlit. Elles jouissaient de certains privilges (davantage de soupe, davantage de place sur un chlit, possibilit d'avoir des chaussures qu'on distribuait en petites quantits, dispense de rester longtemps pendant l'appel et de devoir sortir au moment des slections), grce aux services qu'elles rendaient une  blokova , une juive slovaque. J'avais fait la connaissance avec (de) la mre et (de) la fille en venant au block des prisonnires ukrainiennes pour faire du troc de pain contre de la pommade noire, destine soigner la gale. Les Ukrainiennes apportaient cette pommade de leur travail. Pendant cette visite, je voulais galement voir une cousine qui habitait ce block. Malheureusement, elle avait t slectionne. Une  blokova  l'avait propose la slection en disant : - Et celle-l, Herr Unterscharfuhrer ?  Il ne refusa pas.

En automne 1944, les transports destins aux chambres gaz n'arrivaient plus au camp. Il n'y avait presque plus de juifs en Europe. Il restait seulement des cendres disperses, des affaires tries et envoyes en Allemagne. Moi-mme, je participais ce tri et l'envoi. L'arme russe approchait. Les Allemands dtruisirent les chambres gaz pour effacer les traces de leurs crimes. Ils commencrent le transfert des prisonniers vers d'autres camps en Allemagne. Nous pensions que la fin tant dsire du royaume d'Auschwitz  approchait, et avec elle notre libert, condition que les Allemands ne nous tuent pas avant. J'avais dj 15 ans. Madame Preis me donna des vtements chauds, une paire de chaussures et chaque jour une ration supplmentaire de pain, tout cela troqu contre des pommes de terre et du chou.

Le 1er janvier 1945, le jour du nouvel an, nous ne travaillmes pas. Le temps tait ensoleill, partout de la neige... Je dcidais de m'approdes barbels, ce qui tait permis, pour causer avec Clina, une copine d'cole de mon frre Marek. Je voulais lui dire que ma situation tait meilleure. Rozka m'accompag, malgr la mise en gardede sa mre. Nous savions que beaucoup de communiquaientde cette faon. Clina pr galement des faveurs d'une  blokova  et en tant qu'infirmire m'aidait un peu. Elle partagea penun certain temps le chlit de madame Preis et de sa fille. Plus tard, on la transfra dans un autre secteur du camp avoisinant le ntre.

J'ai appel : -  Clina !  Subitement, un bruit de tir retentit et en mme temps je ressentis une terrible douleur la main. Le gardien du mirador m'avait prit pour cible. Je courais l'aveuglette derrire Rozka. La douleur tait si forte que j'aurais prfr me sparer de ma main. En tombant et me relevant, je voyais noir et dans ma tte tout tournoyait : - M'a-t-il tu - pensais-je- un pas de la libration ? Aprs cinq annes de souffrances, je ne laisserais pas ma vie ! Je ne mourrais pas !  Je serrais les dents etles poings.

J'arrivais difficilement au  Revier  avec Rozka. On y diagnostiqua que la balle tait passe sous mon bras gauche, pas loin du cur, elle s'tait loge prs de la colonne vertbrale et du poumon. Ma main gauche tait sans vie. Il n'y avait plus de chambre gaz, mais un mdecin SS tuait les malades sur leurs chlits. Je regardais la porte de la baraque avec effroi... Il viendra me tuer.

Mon cas l'intressa. Il donna l'ordre de me conduire au milieu du block, sous la lumire, ausculta mes blessures et ordonna de me conduire l'hpital des hommes pour sortir immdiatement la balle et oprer le nerf disjoint... J'avais du mal me concentrer et suivre les vnements dans ma tte, ne pouvant pas croire ce qui m'arrivait.

Dans une petite baraque de l'hpital, les femmes, peu nombreuses, taient allonges sur des chlits trois tages, elles venaient d'tre opres. Ce n'tait pas des juives car les prisonnires juives n'taient pas soignes, par contre elles servaient aux expriences  scientifiques . Un jeune infirmier m'accueillit. Il tait gentil et prvenant avec moi, ce qui me remonta le moral car j'tais vraiment panique. Il me posa des questions concernant mon accident et galement d'o je venais et depuis combien de temps j'tais au camp. Ce genre de questions taient souvent poses par les gens qui cherchaient des nouvelles de leurs proches vus ou aperus quelque part ?...

Mes craintes sur mon devenir et la peur de tout et de tout le monde m'envahirent. Seule la prsence bienveillante de l'infirmier, juif polonais, me rconfortait. A Auschwitz... j'attendais deux oprations : l'enlvement de la balle et la jonction du nerf radial !? J'avais froid dans le dos cette seule pense ! La fivre ne me quittait pas, j'avais perdu beaucoup de sang.

Deux mdecins prisonniers piqurent ma main l'aide d'une aiguille jusqu'au bras et je n'ai rien senti. Je ne pouvais pas plier ma main ni bouger mes doigts... invalide 15 ans ! Je me disais parfois que ce soldat allemand aurait mieux fait de me tuer. L'infirmier, Abram, essayait de m'encourager. Il m'apprenait son adresse Krosniewice, m'assurait que la guerre se terminerait bientt et que nous serions ensemble. On m'opra sans anesthsie, la balle fut enleve mais on ne pouvait oprer le nerf car toute la main tait infecte.

Heureusement, aprs la libration, quand je commenais me nourrir normalement, ma main redevint normale, je pouvais la bouger. Mais pendant des mois encore, j'tais oblige de cacher mon invalidit devant les SS Ravensbrck, devant les chefs d'atelier et les jeunes des Hitlerjugend dans l'usine d'aviation Neustadt Glewe. Avec ma main valide, je fixais des vis, et avec l'autre je maintenais une pice d'avion par en bas. Je dissimulais mon invalidit en cachant ma main dans la manche d'un manteau d'homme que m'avait donn Abram avant l'vacuation d'Auschwitz.

Le 18 janvier 1945, le soir, nous sortmes en grandes colonnes du camp des femmes du secteur B2B. Sur la neige, les feux taient allums ; maintenant les Allemands brlaient des documents et non des tres humains ! Une femme chercha Halina dont la main tait blesse, elle avait pour moi un paquet qu'Abram lui avait donn travers les barbels. Ce fut son dernier salut! Aprs la libration, il tomba malade et mourut, n'arrivant plus digrer normalement la nourriture aprs ces annes de famine.

Je rencontrai Clina pendant cette marche dsespre sur les routes verglaces quand nous marchions jour et nuit jusqu' la gare de Lslau. Nous avions t parques dans des wagons dcouverts. Le vent glacial et le froid nous saisissaient pendant le transport. Nous arrivmes au bout du voyage, toutes les deux vivantes, Ravensbrck. Aprs des heures d'attente dans le froid, on nous enferma dans un block disciplinaire avec des criminelles allemandes.

Le block tait surpeupl et nous avions t places sur le sol dans une petite pice. Il y avait des jours o nous ne recevions ni soupe ni pain. Les Allemandes nous maltraitaient. Je me glissais parfois en dehors de la baraque pour me laver sous une gouttire d'o coulait de la neige fondue. Au bout d'une dizaine de jours, on nous compta et on nous emmena sous escorte au train.

Cette fois-ci, c'tait un train de passagers et chauff ! Les poux s'animrent par la chaleur et commencrent nous dranger de plus en plus.

J'tais assise prs de la fentre et je regardais le paysage de villes et de villages allemands. - Ils sont arrivs chez nous, la maison d'ici - pensais-je - ils tuaient tout le monde, brlaient nos maisons, pillaient tous nos biens ! Et ils vivent toujours dans ces belles maisons avec leurs femmes, mres et enfants ?! Sont-ils au courant de tout cela ?! Si je survis, plus tard, aprs la libration, je voudrais revenir les voir et leur raconter... 

Libre, je suis arrive en 1989 Berlin, avec mon  L'espoir meurt le dernier  et mon film :  A cause de cette guerre .

Mais avant, il y avait le mois de fvrier 1945 qui commenait. Je passais encore de longs mois au sol de la baraque Neustadt Glewe. Pendant les premiers dix jours l bas, nous ne recevions aucune nourriture, plus tard une louche de soupe et un pain pour dix femmes affames. Pour partager un pain on le mesurait avec un bout de ficelle. Parfois, le pain tait vert de moisissure l'intrieur !... Pendant la marche de la mort, je mangeais et buvais de la neige. Au moment o mes forces voulaient m'abandonner, les bras d'Alwira m'aidaient surmonter l'puisement. Les Allemands tuaient les prisonniers qui se dtachaient de la colonne, la route tait jonche de cadavres.

Le 3 mai 1945, les Allemands changrent leurs uniformes contre des vtements civils, montrent sur un camion, tirrent des coups de feu en direction de la foule attaquant le dpt de nourriture, et partirent. La porte d'entre resta ouverte ! A ce moment, je ne savais pas me rjouir de la libert retrouve sur le sol allemand, j'tais encore emprisonne dans mon ternel Hier. Je me sentais vieille et use n'ayant pas de forces pour recommencer une autre vie. Ce n'tait pas encore le moment de la renaissance dans la joie.

Aprs quelques semaines passes en dplacements avec Clina, nous arrivmes Varsovie. Sur le chemin, la recherche d'un comit juif, je rencontrais mon frre dans la rue ! J'appris qu'il s'tait sauv par la petite fentre du train qui roulait en direction de Majdanek. Il fut bless par balle par des soldats SS qui tiraient du toit du wagon. Il trouva de l'aide chez des paysans qui pansrent sa blessure et l'hbergrent. Par la suite, un ami polonais, l'ingnieur Strojwas, lui trouva une cachette Varsovie. En janvier 1945, Marek retrouva la libert dans Varsovie libre et moi, je suis rentre des camps la fin du mois de mai...


Fr
re, Dr. Marek Balin

Un an aprs, je partis illgalement en Palestine avec des jeunes juifs rescaps de l'extermination, orphelins comme moi. Nous traversmes plusieurs frontires, sjournmes un an et demi en Allemagne, dans un camp 'UNRA pour les rfugis, puis quelques semaines dans le sud de la France.

Au mois de novembre, nous montmes sur un vieux rafiot de pche dont le moteur tomba vite en panne et nous navigume la voile. Nous tions cachs l'intrieur afin que les Anglais prsen Palestine, tant smandat britannique, ne noutrouvent pas et ne nous envoient au camp sur l'le de Chypre. Le 3 dcembre 1947, aprs avoir pas deux semaines en mer, dans des conditions trs prcaires et dangereuses, nous arrivmes Tel- Aviv sans tre reprs par les Anglais. Notre bateau tait parmi les premiers qui accostrent dans le nouvel tat d'Isral, reconnu par l'ONU.

* * *

___________

1. Le guet-apens de la rue Mila Varsovie

 

En septembre 1942, le jour de Roch Hashana (nouvel an Juif), aprs quils eurent dport la majorit des Juifs de Varsovie au camp de la mort de Treblinka, les Allemands dclarrent quils avaient achev les dportations. Ils annoncrent auusi que tous les Juifs qui restaient dans le Ghetto devaient tre rassembls dans la rue Mila et dans les rues adjacentes : rues Niska, Ostrowska et Krochmalna. Dans ce quartier serait effectue une slection. Les Juifs ayant en leur possession un certificat de travail seraient autoriss rester dans le Ghetto et aucune autre dportation ne serait effectue. (Quelques jours auparavant, beaucoup de Juifs furent licencis.)

De longues files dattente, encombrrent les rues du dit quartier.

Une fois quils furent tous l, des patrouilles allemandes particulirement agressives encerclrent les rues, crant ainsi un guet-apens. Les allemands commencrent alors une slection et une traque aux Juifs encore cachs dans le reste du Ghetto. Les personnes ges ainsi que les jeunes enfants accompagns de leurs parents furent sortis de la file, formant ainsi une autre colonne qui fut conduite l'Umschlagplatz do ils furent dports Treblinka. Approximativement, 100,000 Juifs furent arrts durant cette rafle et conduit vers leur mort. Aucun mot ne peut retranscrire la tragdie vcue lors du guet-apens de la rue Mila.

Deux semaines aprs, les postes militaires allemands furent dmantels. Le Ghetto fut confin quelques rues et converti en camp de travail rempli dateliers et de placowkas.

En mai 1943, aprs le soulvement, le Ghetto de Varsovie fut compltement et finalement dtruit.

 

2. Mon livre en polonais est intitul Nadzieja Umiera ostatnia ( lespoir est le dernier des morts ) et les deux ditions en anglais contiennent de plus amples dtails de mes annes pendant lHolocauste.

o        Halina Birenbaum, Nadzieja umiera ostatnia. Panstwowe Muzeum Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, 2001. 276 pp. ISBN 83-85047-99-9

o        Halina Birenbaum, Hope Is the Last To Die. Publishing House of the State Museum in Oswiecim, 1994. ISBN 83-85047-11-5

o        Halina Birenbaum, Hope Is the Last To Die. A coming of Age under Nazi Terror. A classic of Holocaust expanded with a new postscript. M.E. Sharpe Armonk, New York, London, 1996

Traduction du polonais: Katarzyna Malczewska-Giovanetti

Maintained by Joanna Kregiel


La famille Birenbaum perient
Treblinka, la mre Rozia ne Okuniew, le pre Biniamin Birenbaum de Lowicz et Dow (Bolek) debout gauche. Chaim est l'unique survivant, debout droite.

 


Halina et son mari Chaim Birenbaum, survivants de la Shoah, combattants dans le PALMACH, blesss, lors d'un des cesser le feu pendanr la guerre d'indpendance, se promenant dans les rues de Tel-Aviv.

Moje Lata - Wieki w Shoah (Polish)

Life as Hope (English)

La Vie Comme l'Espoir - Mes Annes - Sicle de l'Holocauste (French)

The Monograph in Hebrew (Word Document)

La vida como esperanza (Spanish)

Das leben als Hoffenung (German)

Back to Halina Birenbaum's Web Site

Last updated September 21st, 2004